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lundi 28 avril 2014

Ufologie et Arguments Statistiques : la Durée des Observations est-elle un Critère Discriminant entre cas OVNI et cas OVI ? Et du Statut "Cas résiduels" en Ufologie.

(Draft et en Cours de Rédaction)




Comme l'ont démontré Vallée et Poher, la répartition des phénomènes non-identifiés est fondamentalement différente des identifiés en ce qui concerne la durée. Jean Sider, dans "Observation de Phénomènes Atmosphériques Anormaux en URSS", LDN n°199.

L'indiscernabilité entre les OVNI et les OVI (Objets Volants Identifiés) est un constat développé par différents ufologues pragmatiques comme Jacques Scornaux ou encore Philippe Besse. Il s'agit de l'apparente impossibilité de différencier ou de discriminer les OVNI des OVI par l'une de leurs caractéristiques quelconques (durée, couleur, taille apparente, distance, vitesse, etc.). En d'autres termes, entre les cas OVNI et les cas OVNI identifiés suite à une enquête comme étant finalement qu'un phénomène prosaïque et conventionnel (méprises), on trouverait exactement les mêmes contenus et caractéristiques. 

Cependant, un résultat et sans doute le plus connu viendrait contredire cela. Il s'agit de celui de Claude Poher dans Etudes Statistiques portant sur 1 000 témoignages d'observation d'UFO (1971) ou encore dans "Etudes et Réflexions à propos du Phénomène OVNI", L'Aéronautique et l'Astronautique n°52 (1974).
Son résultat très intéressant a priori peut être résumé de la façon suivante : les cas OVNI, à partir de son échantillon, se distribuent selon une courbe en cloche dont le maximum donne 200s (3 minutes 20s), tandis que la distribution des OVI montre des durées soit très faibles (moins de 10 secondes), soit très longues (plus que l'heure).



Un autre résultat célèbre dans le microcosme ufologique est celui de Jacques Vallée, concernant 600 cas OVNI, et proposé dans Les Phénomènes Insolites de l'Espace (1966).

Le résultat de J. Vallée

Le lecteur aura noté que les deux courbes OVNI diffèrent l'une et l'autre, d'un chercheur à l'autre. Autrement dit, suivant la base OVNI utilisée pour la statistique descriptive et ici concernant la durée, on obtient des courbes totalement différentes : alors que le maximum était d'environ 3 minutes 20 secondes pour la première courbe, on obtient plus de 10 minutes pour la seconde (si on s'en tient à la partie de la courbe qui est "en cloche"). Descriptivement, la courbe en cloche - étude Poher - n'est obtenue chez Vallée que si l'on sélectionne qu'une partie de la seconde. Vallée indique qu'il ne faut pas tenir compte des extrémités de sa courbe, pour une raison que nous ignorons... (à moins qu'il considère que les cas extrêmes ne soient pas de "vrais" OVNI, mais dans ce cas, que vaut cette base OVNI ?).

Ces résultats sont souvent repris ici et là dans la littérature ufologique comme la citation de Jean Sider l'illustre. Le lecteur "profane" de ce genre de littérature pourrait tomber dans le biais de l'argument d'autorité : puisque c'est démontré et fondamentalement par des savants et l'ordinateur, c'est donc prouvé et inattaquable...

Cependant, d'autres personnes, comme Claude Maugé ou encore Denys Breysse ont consacré une analyse critique de ce résultat prometteur et ce billet se propose justement de les résumer, car, en général, la littérature ufologique se garde bien de les rappeler ou de les présenter.

Les Critiques de Denys Breysse concernant les Courbes Poher 

Dans un chapitre intitulé "De l'Indiscernabilité Identifiés - Non Identifiés" du livre OVNI : Vers une Anthropologie d'un Mythe Contemporain, Direction T. Pinvidic (1993), Breysse fait deux constats :

1) Placer directement sur cette courbe comme le fait Poher un point issu des données du fichier n'a aucun sens et surtout est sans fondement mathématique et statistique. En effet, l'ordonnée du point (c'est à dire sa hauteur sur la courbe et correspondant à l'effectif d'une classe) va dépendre de la largeur de la classe considérée. Or, cette largeur est choisie de façon totalement arbitraire. Par exemple, si vous vous amusez à scinder en deux une de ses/ces classes, il va bien sûr en résulter deux points, et ceux-ci vont bien entendu descendre dans la courbe. Autrement dit, il suffit de changer les intervalles de durée pour donner à cette courbe... l'allure que l'on souhaite.

2) La seconde remarque critique et fondamentale est la suivante et concerne cette fois-ci la courbe OVI (ou plutôt l'échantillon OVI retenu). Elle est totalement arbitraire dû à la qualité et la quantité des observations OVI retenues.
Ce qui aurait été intéressant et peut-être plus pertinent, aurait été de prendre une base OVI constitués de cas d'abord considérés OVNI, puis expliqués ensuite : en effet, le postulat/constat d'indiscernabilité OVNI/OVI concerne plutôt la comparaison entre les cas OVNI expliqués (devenus OVI) et les cas OVNI résiduels. Jacques Scornaux à ce propos :
Les cas qui ont pu être identifiés de façon certaine, souvent d’ailleurs par des ufologues classiques, présentent à tous points de vue les mêmes caractéristiques que les cas qui demeurent non identifiés. La seule différence est la présence ou l’absence d’une explication. Pourquoi alors supposer que le résidu de cas inexpliqués relève d’un phénomène distinct ? D’autant plus que les ufologues reconnaissent que c’est parfois par pure chance qu’ils ont pu trouver l’explication, qui n’était a priori pas évidente du tout… Le désaccord entre croyants sur la composition du résidu inexpliqué offre aussi une belle confirmation de cette indiscernabilité.
Claude Poher compare donc une distribution d'OVI (avions, planètes et météores seulement) complètement arbitraire et non représentative (tirée d'une revue aéronautique et ne portant pas vraiment sur d'anciens cas OVNI expliqués ensuite) et la courbe OVNI est modelable et changeante à souhait suivant que l'on choisisse d'autres intervalles de durée ou même une autre base OVNI (pour la courbe durée d'observation d'OVNI)...

Comme le fait remarquer également Breysse, la simple comparaison des résultats de Poher à ceux de Vallée, qui sont contradictoires, n'est-il pas une preuve appuyant ces deux constats ?

Les Critiques "de" Claude Maugé concernant le Fichier et l'Etude Poher

Dans un autre chapitre de l'ouvrage collectif dirigé par Pinvidic (Ibid.), titré "Ufologie et Statistiques : Le Cas du Fichier Poher", Claude Maugé révèle, approfondit et rappelle les nombreuses faiblesses de cette étude statistique réputée, que d'autres auteurs avaient déjà brièvement relevées (par exemple Barthel, Brucker & Monnerie dans Science & Vie n°751 ou encore Jacques Scornaux dans "Du Monnerisme et de son bon Usage" dans INFO-OVNI n° 7/8 -1981-).
Son analyse et quoique le travail de Claude Poher est très louable et exploratoire conduit à montrer que cette étude n'est pas fiable et qu'il conviendrait d'oublier les conclusions de cette étude, tant qu'il ne sera pas démontré que les points méthodologiques soulevés ici auraient une très faible incidence sur les résultats obtenus.


L'étude de Poher consiste donc et à partir de 1000 témoignages OVNI (provenant essentiellement de revues ufologiques) à d'abord éliminer les cas douteux et les doublons. Du moins penserait-on.
Poher arrive donc à un corpus de 825 observations et leurs principales caractéristiques sont alors codées comme par exemple, le nombre de témoins, la profession, l'âge, le lieu d'observation, des données quant à la météorologie, la durée du "phénomène", la distance, les dimensions, le nombre d'objets, la forme, la ou les couleurs, la trajectoire, etc.

Le premier constat et la première faiblesse relevés est celle relative entre le nombre de cas prétendus (825) et le nombre de cas réellement injectés dans cette étude :
En fait, la liste de cas est de 736 cas. Que s'est-il passé ? Et bien les doublons (ce sont en fait les cas classiques) auraient été réunis en une seule entrée dans les listings, mais les statistiques ont été opérées avec N=825...
Claude Maugé examine alors si les doublons ont bien tous été réunis en une seule entrée comme proposé. Hélas, il s'aperçoit que 20 cas ont été codés 2 fois, et 3 cas ont été codés 3 fois...

Le second constat est celui de la faiblesse et de la fiabilité des bases et cas OVNI retenus par Claude Poher, constat général que l'on peut faire concernant ce genre d'étude et que nous avons relevé plusieurs fois à l'occasion de billets précédents.
Par exemple, Poher utilisa Présence des Extraterrestres d'E. von Däniken...

Mais Claude Maugé va plus loin afin d'examiner la fiabilité des cas d'OVNI injectés dans l'étude. Il sélectionne 449 cas de l'étude et mesure la "longueur du cas" c'est à dire la place qu'occupe le rapport d'OVNI dans la source utilisée.
40% de ces cas occupent un espace inférieur à 1400 signes (environ 35 lignes selon le standard utilisé), 40% de 1400 à 5600 signes et 20% de cas "longs".
12 cas comptent moins de 5 lignes (200 signes environ).
22 cas OVNI retenus (sur ces 449 cas) sont et étaient à l'époque des cas expliqués.
Des cas déjà en trop (doublons, triplets), nous voici rendu à 22 de plus, auxquels on pourrait ajouter les 12 cas faisant moins de 5 lignes et qui servent pourtant ici à dresser "un portrait-robot" OVNI...
Aussi, il y a seulement 8.5% de ces 449 cas qui mériteraient l'étiquette "solide" car une enquête sérieuse a été diligentée. Maugé considère qu'au moins 97 cas seraient facilement explicables et l'hypothèse de simples méprises (avions, météores, objets célestes) pourraient les solutionner ou potentiellement les expliquer et ne méritent pas d'être retenus ici. Il note également que pour seulement 20.7 % des cas, il est indiqué qu'une enquête "sérieuse" a été menée.
Au total, et malgré le caractère louable de ce genre d'études statistiques, comme la bonne foi des investigateurs, et au-delà de l'hyper-critique, ces études ne nous ont pas convaincu.

Quel Statut attribuer aux Cas résiduels ?

Des phénomènes connus ont produit tous les types de ce qui est communément connu sous le nom des "rapports d'OVNI", y compris les apparitions de soucoupes volantes, cas radar et des interférences radio, des poursuites terrifiantes et des manœuvres intelligentes, des messages télépathiques, "temps manquant" [Missing Time] et des récits hypnogènes, souvenirs de la participation dans les récupérations militaires d'OVNI, de réels "documents secrets", et ainsi de suite. Il semble y avoir aucun type de rapports qui n'ont pas été, dans les dossiers, produit à un moment ou un autre par des stimuli et / ou des situations prosaïques. James Oberg dans The Black Box Approach to UFO Perceptions (1985). 
Si des stimuli visuels prosaïques [...] peuvent donc produire chaque et tout type de "phénomènes OVNI" connus, où est la nécessité de demander l'existence de stimuli extraordinaires ? James Oberg, Ibid.
Le syllogisme, à répéter, va comme ceci : depuis que/puisque quelques rapports d'OVNI ne peuvent pas être résolus par les enquêteurs amateurs qui travaillent sur leur temps libre, alors il doit exister des stimuli extraordinaires derrière certains rapports d'OVNI. En tant que technique d'analyse, inverser le syllogisme pour en créer un nouveau de valeur [...] équivalente. Il se lit maintenant comme suit : si tous les rapports d'ovnis ont été causés uniquement par des stimuli ordinaires, alors les enquêteurs amateurs qui travaillent sur leur temps libre devraient être en mesure de résoudre chacun d'eux. Exprimé de cette façon, le syllogisme est sans doute faux (il existe de nombreux contre-exemples de cas qui ont été résolus que par «accident»); sa fausseté implique la fausseté pour la première affirmation équivalente, défendue par les partisans d'OVNI. James Oberg, Ibid.
Mais d'ailleurs, quel statut attribuer aux cas résiduels et qui résistent actuellement à toute explication ? Ceci aurait-il comme corrélat que si nous sommes actuellement dans l'incapacité d'expliquer ceux-ci, cela signifierait, comme on le lit souvent chez certains "ufologues-savants" ou de culture scientifique que l'hypothèse que des engins extraterrestres nous visitent est la plus probable ? Sans trop revenir sur le syllogisme en question, quelques autres réflexions :

1) La taille de ce résidu varie d'une base à l'autre, d'un auteur à l'autre, d'un organisme d'étude des OVNI à l'autre, et ce parfois même intra-individuellement, c'est à dire pour un même auteur suivant tel moment de sa vie où il lui est demandé un tel chiffre (voir par exemple ce pdf concernant le célèbre ufologue Hynek). Disons que cette estimation oscille entre 20% pour les bases/auteurs les plus optimistes à quelques %.

2) Comme "je" l'expose parfois, je trouve que c'est un chiffre logique "statistiquement" eu égard à ce genre de corpus et voire même plutôt "attendu" et sans doute guère surprenant : par exemple, on ne peut pas élucider tous les crimes, enlèvements, disparitions, viols, incendies, accidents ou incidents, etc.
Mais la présence de ces résidus pour ces autres corpus n'a pas pour corrélat ou conséquence directe que si un résidu demeure pour ces corpus, c'est parce que ce qui expliquerait et ce qui est intrinsèque à ces cas serait d'une toute autre nature que ce qu'il y a au sein des cas expliqués.
Non, les raisons sont par exemple le manque de l'information pertinente pour élucider ces crimes, enlèvements, disparitions, pannes ou accidents civils ou domestiques, incendies, etc. Mais aussi le manque de chance, de l'expert ou de nouvelles techniques et logiciels (par exemple l'arrivée d'experts en rentrées atmosphériques et de nouveaux logiciels de prédiction a permis des résoudre de vieux cas OVNI, comme Yukon 1996).
Et ce d'autant plus quand le contenu des corpus expliqués et inexpliqués sont similaires en tous points et caractéristiques allégués. Il peut et pourrait en être de même en "ufologie"...



3) De nombreux cas dits "bétons" ont été expliqués parfois des décennies plus tard. Historiquement, des cas à très haut niveau d'étrangeté a priori et légitimement, à multiples témoins "crédibles", résistant à toute explication... ont trouvé explication grâce au "facteur chance", celui de l'élément, de l'information, voire de l'expert qui manquai(en)t jusqu'alors, et ce, parfois très longtemps après (voir par exemple mon billet consacré, entre autres, au cas de Yukon ou par exemple ce podcast sur un fameux cas Français, l'OVNI de Fort-de-France 1965, qui a résisté à toute explication prosaïque jusqu'en 2009/2010)
Mais aussi l'observation de Caracas - Venezuela - de 1974 qui n'a été expliquée qu'en début d'année 2014 par Ted Molzcan).
Ou encore, un des catalogues de cas OVNI considérés comme les plus solides, est celui de Dominique Weinstein. Or, des cas de ce catalogue ont été expliqués, par exemple chez James Oberg ou par d'autres, comme ici par Thibault Alexandre.
Mais aussi chez Tim Printy pour ce cas de la liste Weinstein listé au 13 mars 1977 et explicable vraisemblablement par la Reine des OVNI : Venus. On pourrait multiplier les exemples.
Combien de cas de ce catalogue OVNI ou d'autres catalogues réputés "solides" ou "béton" dans le microcosme ufologique sont en fait du même ordre ? Et sans ceci et ces "coups de pouce", ces cas feraient encore partie du résidu...
Ce simple constat fait réfléchir sur le statut à accorder aux cas résiduels ufologiques à un moment t : ce résidu pourrait très bien obéir aux mêmes mécanismes, raisons qui faisaient que ces anciens cas résiduels dits "bétons" l'étaient (manque de l'information pertinente par exemple) et donc être de même nature que les cas expliqués/reclassés. Cas inexpliqués versus cas expliqués, une simple différence de degré et de simple statut, et non de nature ?

4) Au sein même du corpus résiduel, il existe une très grande hétérogénéité, variabilité, étendue, c'est à dire qu'à partir de ce résidu, on ne retrouve pas de resserrement des caractéristiques. Ces cas résiduels présentent des caractéristiques extrêmement variables. Il n'y a pas de convergence de celles-ci vers des caractéristiques propres ou singulières, sinon une fois encore ce statut inexpliqué. De plus, il est extrêmement gênant (mais révélateur) que la communauté ufologique pro-HET (ou pro-fortéenne) ne s'accorde pas sur la composition de ce résidu, notamment quand on demande aux différents experts de nominer leurs meilleurs cas. Quand on voit que dans la liste des 10 meilleurs cas suite au sondage auprès des "experts-ufologues" de Paul Kimball, il y a la gravure de Nuremberg et que celle-ci s'explique prosaïquement... Mais aussi le cas de Yukon (1996) expliqué en 2012, les arguments et réflexions plus haut prennent tout un sens.
Voir aussi cette "méga-étude" sur le cas OVNI considéré par certains comme "le meilleur de tous les cas" réalisée par Tim Printy.

Ces cas résiduels présenteraient donc la même variabilité intra-groupe que celle au sein des cas expliqués ou même des cas OVNI moins bien attestés.

Si les cas résiduels relevaient de causes distinctes et fortéennes - ou même d'une - par comparaison à celle/celles des cas expliqués, prosaïques et conventionnelles, elles, pourquoi ne relève-t-on pas un resserrement des caractéristiques au sein du corpus résiduel, sinon que cette différence de statut  ?

There will always be cases which remains unexplained because of lack of data, lack of repeatability, false reporting, whisfull thinking, deluded observers, rumors, lies, and fraud. A residue of explained cases is not a justification for continuing an investigation after overwhelming evidence has disposed of hypotheses of supernormality, such as beings from outer space... Unexplained cases are simply unexplained. They can never constitue evidence for any hypothesis (Hudson Hoagland in Science -1969 -).


UFOLOGY: The entry in the "Encyclopedia of Pseudoscience: From Alien Abductions to Zone Therapy", by William F. Williams, pp 359-360.



Bonus :  Extraits du Allan Hendry UFO Handbook à propos du Special Report n°14 :










(Ajouts, Corrections et autres Sections à venir).




Gilles Fernandez, avril 2014.

mercredi 23 avril 2014

L'affaire Roswell : La lecture critique d'Alain Delmon ; A propos des ballons néoprène et du scotch à motifs.



La lecture critique d'Alain Delmon...

En 2010 et peu après la parution de mon livre sur l'affaire Roswell, j'échangeais avec Alain Delmon sur le forum des Sceptiques du Québec. Le lecteur de ce blog désireux de lire mon ouvrage en open source, peut le trouver par exemple ici : http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/roswell.html




Or, la critique de mon ouvrage par Alain Delmon est souvent considérée ici ou là - c'est à dire les forums en faveur de l'hypothèse extraterrestre véhiculaire - comme le contre-ton "ultime" à celui-ci (alors qu'Alain reconnaît être passé de 80 % de vraisemblance pour  la thèse du crash d'un engin Extra-Terrestre concernant l'affaire Roswell à ... 49 %, après avoir lu mon livre, c'est à dire 51 % pour la thèse conventionnelle Mogul ) - ... Pourtant encore, en 2010, et suite à sa "critique", je lui avais envoyé une réponse à celle-ci qu'il avait promis de mettre sur son site. Or, rien depuis. J'espère qu'il va bien car je ne le lis plus depuis...

Voici ce texte de 2010 (sur lequel j'aurais vraisemblablement des choses à ajouter, préciser ou corriger - il y a quelques erreurs et bien des fautes d'orthographe/grammaire) qui ne figure donc pas sur son site :
 http://img838.imageshack.us/img838/6963/tro.pdf (lien mort, je dois l'héberger ailleurs. En cours).


A propos des Ballons néoprène...

Je profite de ce billet pour relater une expérience réalisée par Tim Printy et quelques sceptiques Anglo-Saxons.

Brazel déclare en 1947 :
Le caoutchouc était de couleur gris cendré et dispersé sur un secteur d'environ 200 yards de diamètre [environ 183 mètres de diamètre]. 
Au cours de l'année 2012, Tim Printy se procura sur un site "vintage" de vente en ligne un ballon néoprène d'époque. Il demanda alors à plusieurs contacts de réaliser une petite expérience consistant à laisser au soleil l'enveloppe et d'observer et noter de ce qu'il en advenait. Il me fit d'ailleurs l'honneur de m'envoyer un large échantillon de l'enveloppe, mais je n'ai pas pu réaliser l'expérience à ce jour et notamment en 2012 comme il était prévu. 

Dans un premier temps et afin d'évaluer à quoi pouvait ressembler le site de débris, Tim réalisa une petite simulation dans un jardin de 21 yards de diamètre, c'est à dire environ 10 % de la surface rapportée par Brazel. A partir de calculs eu égard au ballon obtenu qui était de 170 grammes (contre 350 pour ceux de l'Université de New York et utilisés par le projet Mogul - il y a également des ballons plus importants pour le décollage du train, mais je n'ai jamais compris si ceux-ci restaient sur l'apparatus durant le vol ou non -), il calcula diverses surfaces en prenant en compte également la présence de 3 cibles-radar et leur dimension, ainsi que divers matériels attendus de l'apparatus Mogul (sans inclure certains comme les parachutes, les batteries, transmetteurs, etc.). 

Simulation réalisée par Tim Printy pour donner une idée de ce à quoi ressemblait le champ de débris. Source : http://www.astronomyufo.com/UFO/SUNlite4_4.pdf

Notez les petits morceaux gris cendré qui sont en fait des fragments du ballon néoprène ayant été exposé au soleil.

 Le ballon "vintage" obtenu : 

Résultats des tests d'exposition au soleil montrant que l'enveloppe devient peu à peu gris cendré, mais également qu'elle a tendance à s'émietter (voir après), tout en gardant sa consistance et de son élasticité...

Test 1 : 

Test 2 : 

Dans un autre temps de l'expérience, le sceptique Lance Moody fournira des scans haute résolution des photographies de la Conférence de Presse de 1947 :


Notez les petits fragments noirs obtenus par le test de James Carlson (Sunlite 4-5)...

Cette expérience montre que lorsque Brazel parle de caoutchouc de couleur gris cendré parmi les débris, ceci correspond bien avec des nombreux fragments de ballons néoprène du projet Mogul attendu, et ayant donc été exposés plusieurs jours au soleil du désert. 
Les partisans de la conspiration affirment qu'il y a des morceaux de ballon trop clairs sur les photos de la conférence de presse. Or, dans l'expérience réalisée, certaines parties de l'enveloppe restent relativement claires (brun clair) aussi, alors qu'elles ont passé presque trois semaines au soleil (dans l'expérience, on les retournait fréquemment pourtant). Pensez aussi que les photos de la conférence de presse sont en noir et blanc (voir le synopsis ci-après avec conversion en noir et blanc). Rien de très surprenant à nouveau.
Aussi, certains partisans de la thèse exotique affirment qu'au bout de quelques heures ou semaines, l'enveloppe des ballons deviendrait de la cendre (ash), ce qui est à nouveau fallacieux : effectivement, l'enveloppe restée longuement au soleil a tendance à laisser quelques miettes si on manipule "lourdement" certaines parties (seulement) ou si on frotte certaines entre ses doigts, mais uniquement donc pour certaines parties et pas pour l'ensemble complet : des parties de l'enveloppe gardent leur consistance originale, tandis que d'autres s'émiettent, s'effritent.
J'ai demandé hier quelques précisions à Lance Moody et voici un résumé de sa réponse :
J'ai toujours mon matériel de l'expérience de Tim. Après que le néoprène a été au soleil pendant un certain temps, il ne devient pas fragile. Il est un peu comme un très faible papier, facile à déchirer avec un éclat de plastique. Mais il reste ensemble autrement. Il est loin d'être fragile ou de la cendre. Dans le sac en plastique dans lequel j'ai mis mes échantillons il y a quelques (pas beaucoup) de petites particules de la substance et au fond (similaire aux particules que j'ai remarquées sur les célèbres Photos Roswell). Je remarque aussi que mon matériel n'a jamais développé une odeur. 
Chez James Carlson, qui réalisa aussi l'expérience d'exposition au soleil de son côté, nous notons encore ici que des parties de l'enveloppe restent plus claires - brun clair - que d'autres, malgré l'exposition, comme pour les photos de la conférence de presse, (photo prise le 7 juillet alors que l'exposition a commencé le 10 juin) :



Enfin, cette expérience montre que l'enveloppe néoprène ayant subi les effets du soleil prend l'apparence de "parchemin" (un détail présent dans le témoignage de Brazel de 1947) et que finalement, tout cela ne ressemble pas à un ballon, invitant à nous mettre à la place des protagonistes et revoir les affirmations de certains ufomanes nous expliquant qu'il est impossible que ces gens là n'aient pas reconnu de simples ballons. Si on ajoute aux débris, les cibles-radar, le ruban-scotch et ses motifs, etc., il y avait de quoi en surprendre plus d'un et ce dans ce contexte si particulier de juillet 1947 et la "rumeur" des soucoupes ou disques volants. D'autant que contrairement à ce que disent certains exégètes de l'affaire, Jesse Marcel n'a jamais reçu de formation pendant laquelle il aurait manipulé ou vu de telles-cibles radar, auxquelles il serait familier selon nos exégètes (voir mon ouvrage, pages 167 à 170 à ce sujet).

Synopsis : les trois tests Printy, Moody & Carlson comparés à un zoom sur une des photos de 1947. Bien sûr, les photographies des tests ont été converties en Noir et Blanc.

Source principale : l'excellent numéro "special Roswell" de la Newsletter de Tim Printy Sunlite que je vous invite vivement à lire et où vous trouverez bien plus encore


Quelques Déclarations méconnues ou occultées dans la Littérature pro-engin extraterrestre...

Bill Brazel à propos de son père :
Strangely enough, when Dad first got into Roswell, it was the weather bureau he called first about the stuff he had found. (The Roswell Incident, UK edition, p.85).
[De façon assez étrange, lorsque Papa alla la première fois à Roswell, c'est au bureau météorologique qu'il téléphona en premier à propos des "trucs/affaires" qu'il avait trouvé(e)s].

Curieux de d'abord téléphoner au bureau météorologique local si on a trouvé des petits corps extraterrestres et des parties d'un vaisseau venant d'un autre monde (à suivre la littérature en faveur de la soucoupe)... N'est-il pas ?

Dans The Roswell Incident (1980), Jessie Marcel déclare :
En fait, ces pièces peuvent ressembler à de l’aluminium et du balsa, mais la ressemblance s’arrête là. Ils ont pris une photo de moi au sol, tenant des débris métalliques parmi les moins intéressants... Les pièces dans cette photo étaient réellement celles qu’on a trouvées. Ce n’était pas une mise en scène.
Or, les photos en question (suivantes) de la conférence de presse où Jesse pose montrent bel et bien des débris de cibles-radar et du matériel ballon... Pourquoi alors chercher midi à quatorze heures si le témoin-phare dit lui-même qu'il pose avec les débris de ce qui a été trouvé au Ranch ?



Jesse Marcel encore (The Roswell Incident, 1980) :
Les choses sur la photo sont les vraies pièces de ce que nous avions trouvé  [donc la ou les photos sur laquelle/lesquelles il pose, les deux plus haut]. Ce n’était pas un montage. Plus tard, ils ont enlevé nos débris et les ont remplacés par des débris à eux. Alors ils ont autorisé plus de photos. Ces photos ont été prises tandis que les vrais débris étaient déjà en voie d’acheminement sur Wright Field. Je ne suis pas sur celles-ci. Je crois qu’elles ont été prises avec le général [Ramey] et l’un de ses aides [DuBose].
En d'autres termes, là encore, lorsque Marcel est sur les photos, ce sont les débris du ranch Foster, quand il n'y est pas, ce sont des débris "substitués". Il affirme encore cela dans une émission TV avec Stanton Friedman, défendant la thèse que les photos où il est, sont avec des débris du ranch, les autres prises après, non. Mais à l'analyse, toutes les photos réalisées par Johnson montrent exactement les mêmes débris, que Marcel y figure ou non !!! Dommage...

Un exemple d'une des autres photos (ce sont les mêmes débris - cibles-radar + ballons - avec Ramey et Dubose, qu'avec Marcel posant seul !) :


De plus, il y a deux photos (croppées/coupées) de la conférence de presse dans le livre (The Roswell Incident) où Jesse déclare cela. Une autre concerne un journal d'époque où une des photos de la conférence de presse où il pose fait la une. Il parle vraisemblablement et donc de celles-ci et il "debunk" donc à lui tout seul ce mythe moderne en en donnant la solution : les débris du ranch sont ceux de cibles-radar et ballons ! Dommage !




Brazel a indiqué qu’il ne l’a pas vu tomber du ciel ni avant qu’il soit déchiré, ainsi il n’a pas su la taille ou la forme que cela avait pu avoir, mais il a pensé qu’il pourrait avoir été aussi grand qu'un dessus de table.

Les occupants de la soucoupe devaient être sacrément à l'étroit !

Toujours Brazel (1947) :
Le ballon qui le soutenait, si c’est ainsi que cela fonctionnait, devait avoir eu environ 12 pieds de long, a-t-il estimé, mesurant la distance par la taille de la salle dans laquelle il s’est assis.
Voici un engin extraterrestre assez spécial, soutenu par un ballon...
Il n’y avait aucun mot inscrit à trouver n’importe où sur l’instrument, bien qu’il y ait eu des lettres sur certaines des pièces
Nos visiteurs utiliseraient donc le même alphabet que nous...
Il y avait quelques œillets dans le papier pour indiquer qu’une certaine sorte d’attachement a pu avoir été employée. 
Les cibles-radar ML-307 d'époque disposaient justement d’œillets...


A propos du Scotch à Motifs...

Quelques exemples de ruban scotch d'époque utilisé dans l'industrie du jouet pour renforcer les cibles-radar. En effet, un blue-print (plan d'assemblage) de cible-radar d'époque indique bien qu'une partie de celle-ci doit être renforcée par du scotch de marque 3M (ou similaire) et nous avons montré dans l'ouvrage qu'une fabrique de jouet s'occupait de ces cibles-radar.



Petite note en marge du plan d'assemblage de cible-radar. Source : Annexe 29, page 303/304 du gros rapport de l'USAF, "Blueprint, Corner Reflector, ML307-c/AP Assembly" (plan, assemblage réflecteur d'angle ML307 -c/AP), 9 juin 1946.
===> Doit être de la bande scotch acetate comme celle de 3M ou égale [similaire].


Extrait de mon livre :
La fabrique en charge de la manufacture de ces "cerfs-volants" devait donc consolider les cibles à l'aide d'un ruban scotch (comme celui utilisé pour l'emballage de ses jouets), ceci étant attesté par des documents, mais celui-ci présentait également de petits symboles roses et mauves, d'après Moore et Trakowski .
En effet, Trakowski se rappelait distinctement les figures du ruban parce que, lorsque les cibles radar furent pré-produites, il y avait beaucoup d’humour autour du fait qu’elles étaient réalisées par un fabricant de jouets. Il relate qu'un sous-officier de l'Air Force, John E. Peterson, s'occupait de l'acheminement des cibles et s’amusait à dire « que c'était la meilleure blague du monde qu'elles provenaient d'un fabricant de jouets, et encore une plus grande blague, quand on sait que le matériel réfléchissant sur les baguettes de balsa utilisait un ruban rose avec des cœurs et des fleurs. »
Les enquêteurs ont situé cette fabrique sur la côte Est, sans doute à Manhattan, où des cibles ML307 furent construites en feuilles aluminium-papier reliées via des baguettes balsa pour former un ensemble type "cerf-volant". A notre connaissance, ces enquêteurs  n’ont cependant pas réussi à réellement localiser la fabrique. Pour notre part, nous pensons l’avoir localisée à Brooklyn, et non Manhattan, toujours un quartier de New York. Son directeur était Victor T. Hoeflich (1896-1977), qui était un passionné de "cerfs-volants".
Cette piste nous vient d’abord d’un article du journal Bergen (New Jersey) Evening Record du 12 juillet 1947. Dans cet article, on peut lire qu’un fabricant de Brooklyn fit une démonstration afin de montrer que les « soucoupes volantes » étaient en fait des cibles qu’il construisait pour l’armée. Il était assisté de Monsieur Guizzeti, un autre fabricant, mais de Clifton, qui lui était en charge de la fabrication des ML-50, c’est-à-dire des ballons gonflés à l’hélium, également utilisés par l’armée. Ensuite, nous avons examiné le catalogue des brevets (patents) par Monsieur Hoeflich, et trouvé qu’il en avait déposés un certain nombre, dans le domaine du jouet, dans les années trente et quarante, pour la société de jouets American Merri-Lei Corporation, située à New York, dont il était le conseiller en 1942, puis le directeur.
Nous manquait alors l’adresse exacte. C’est d'abord un vieux catalogue de jouets (des années trente) consacré à Mickey Mouse, qui nous y aidera en réservant une page de sa publicité aux adresses des boutiques de jouets sur la ville de New York, et situant Merri-Lei à Manhattan (à cette époque). Mais la manufacture serait située à Brooklyn en 1947-49 sur d'autres publicités.



Extrait du catalogue (d'avril 1935 ?). Adresse de l'American Merri-Lei Corporation, première colonne, deuxième ligne, à Manhattan.

Or, Brazel en 1947 dans son interview (ainsi que d'autres témoins) mentionne la présence de ce ruban. Les complotistes disent que l'interview a été dictée par l'armée, mais pourquoi mentionne-t-il ce ruban puisqu'en aucune sorte ce détail est utile à la thèse proposée par l'armée en 1947 ? Vraisemblablement parce que cette interview rend compte de ce qu'il a trouvé... Comment a-t-il pu inventé un tel détail, sinon qu'il a bien trouvé du matériel de l'Université de New York dans son champ.

Ruban scotch de marque 3M circa 40's & 50's. Merci à Patrice Seray des captures.


Publicité acquise via le site de vente en ligne Ebay.






Idem de marque 3M + marque TEXCEL (crédit Lance Moody).


Avant l’interview de Brazel, Loretta Proctor, la voisine, au moment où elle et son mari indiquent à Brazel l’existence des « soucoupes volantes », ainsi que l'existence d'une prime déclare :
   Il y avait aussi quelque chose qu’il [Mac Brazel] a décrit comme une bande qui avait des impressions dessus. La couleur des impressions était une sorte de mauve. 
Ou encore : 
Il a dit qu’il y avait d’autres choses là-bas, comme un ruban qui avait des sortes de figures dessus.
Sources : Affidavit 5/5/1991. "There was also something he [Mac Brazel] described as tape which had printing on it.  The color of the printing was a kind of purple."
 Kevin Randle and Don Schmitt, UFO Crash at Roswell, 1991. "He said there was more stuff there, like a tape that had some sort of figures on it. "

Brazel et la mention de ruban adhésif  dans son interview de juillet 1947 :
  Une quantité considérable de ruban scotch et une certaine bande avec des fleurs imprimées dessus avaient été employées dans la construction.
Bessie Brazel : 
Les bâtons, comme ceux d’un cerf-volant, étaient attachés à certains morceaux avec un ruban blanchâtre. Le ruban avait deux ou trois pouces de large et avait un dessin de fleurs.
Mais aussi :
Selon Brazel ils n’ont absolument pas pu le reconstruire du tout. Ils ont essayé de fabriquer un cerf-volant à partir d’eux, mais n’ont pas pu le faire et n’ont pu trouver aucune manière de remettre les choses ensemble de sorte qu’elles s’ajustent.
(Roswell Daily Record, 9 juillet 1947).

Cerf-volant ? Scotch et bande avec des motifs ? Curieux fragments extraterrestres. Une cible-radar ressemble bien à un cerf-volant et on consolidait celles-ci avec du scotch de marque 3M ou similaire. C'est un manufacturier de l'industrie du jouet qui en avait la charge et du ruban scotch avec des motifs et de marque 3M existait à cette époque. Alors...

Bessie Brazel, lors de la rencontre de l’International UFO Reporter de novembre/décembre 1990, fut mise à l’épreuve de photographies de cibles-radar qu'on lui présenta. Elle déclara en 1994 :
 Les débris que j’ai vus [des photographies de l’International UFO reporter] étaient comme les débris que nous avons ramassés.


 
Le Scénario du Vol du 4 juin 1947 comme le Candidat aux Débris...

Selon Tim Printy (et les ufo-sceptiques en général) - en cours de traduction -




Extrait du Progress Report Number 1 à propos des vols manquants (comme le fameux flight #4), indiquant que ce n'est pas parce qu'ils ont été annulés. Sont présents uniquement les vols pour lesquels il était possible d'en contrôler ou mesurer l'altitude. Les vols exclus sont ceux qui ont été lancés avec des équipements spéciaux ou qui ont eu une défaillance. Voir ce billet.








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Gilles Fernandez (avril 2014).